sourire de veuve

sourire de veuve sourire-de-veuve.jpgSourire de
veuve

Le temps s‘étire comme un vieux chat

Sur mon attente patiente et obstinée

De rhumatisme amoureux.

Je sais qu’un jour nous serons rois couronnés

Et que de nos misères

Il ne restera que des pétales fanés.

Je sais qu’un jour  il fera très beau temps

Sur nos champs de fleurs et d’épis

Et que nous chanterons ensemble

La joie délicate de nos cœurs retrouvés.

Les merles siffleront, les tourterelles roucouleront

Et dans ce concert de l’aube de nos sens

Nous nous effeuillerons lentement

Comme pour nous dire merci  l’un de l’autre

D’avoir osé  nos deuils souriants.

Tu es près de moi, déjà

Toi mon cher disparu

Dans mon ciel d’azur

Plein  de bleu à craquer

tant mon cœur ne renoncera jamais

d’être à toi seul.

A toi seulement.

Michèle Rosenzweig- les vides,
les pleins et les déliés -2014

train train

train train train-train.jpgillustration de michèle rosenzweig pour l' »atelier de
l’artisane »2009

Train
train

Petite musique de mon tiroir. Je l’ouvre une fois par jour
pour remplir mon journal. Dedans un grand cahier bleu, pour noter
ce qui fit ma journée, pensées, rencontres, faits et non faits,
dits et non dits. Puis le cahier se referme, et le tiroir se
referme. Jusqu’à la prochaine ouverture. Demain. Rendez vous
chaque jour avec moi-même. Le temps qu’il fait au baromètre
de mon cœur. L’altimètre des hauteurs et des
profondeurs. L’horloge fidèle des petites joies, petits
soucis. Quelquefois un grand noir, ou un grand blanc dans les noirs
sur blanc de mon écriture, un évènement notoire, un bouleversement.
Mais si rares. J’avance à petits pas vers un je ne sais quoi.
Quelquefois je consigne un repas. Peut être un sursaut de goût ou
de dégoût. Tous les jours je consigne un espoir. Pour voir
s’il se réalisera.. C’est comme le jour qui se lève et
la nuit qui tombe, c’est fidèle, çà a la vie dure, un
espoir.

Dès fois la vie m’exauce. Alors je crois en dieu qui pense
un peu à moi. Dès fois j’attends encore, çà fait un espoir à
consigner, un espoir qui désespère ou qui croit envers et contre
tout, çà dépend. C’est comme une marée qui monte et qui
descend tous les jours, en fonction de la lune. Avec des horaires,
jamais les mêmes, mais qui prennent la peine d’un calendrier.
Tiroir de mes amours. Toujours impossibles ou déçus. Qui
s’accommodent pas avec le jour le jour. Qui veulent pas de la
lumière. C’est pour çà qu’ils sont dans le journal,
dans le tiroir. Que des ratés d’amour. Ou des espoirs. Des
petites écorchures de rien. Des espoirs qui aiment les larmes. Qui
pourrissent d’eux-mêmes. Des fantasmes d’amour, quoi.
Qui tricotent avec la réalité. Qui aiment la solitude du journal,
au lieu d’une souffrance de mauvais amour, mal digéré. Plutôt
l’attente que le va vite et le mal donné. J’ose pas
rêver grand. J’ose pas demander. Je consigne. Je
consigne.  A la consigne de mon tiroir. A mon tiroir de
consigne. Il pleut il vente il y a du soleil sur mon espoir. Cà
fait des petites feuilles vertes, minuscules et fragiles. A demain,
cahier bleu. Je ferme le tiroir. Petite musique de mon tiroir. Le
bois qui glisse contre le bois. La vie qui rabote la vie, la vie
qui se frotte à moi

michèle rosenzweig.L’atelier de l’artisane
-2009

Frères ennemis

frres ennemis freres-ennemis.jpg« prière » -acrylique sur papier -2008

3 août Journée
internationale du pardon

si chacun pose sa pierre le monde changera : cela passe
par soi .

pardonnez ! je CHOISIS de pardonner

 

Frères ennemis 

 

laisser passer les nuages sur l’offense

la laver par la pluie

demander au coeur le besoin d’être propre

casser la gueule à sa haine pour qu’elle se taise

s’offrir un cadeau d’amour à soi même

faire de son ennemi un compagnon de route

en ne le maudissant pas

savoir lui dire pardon

car il n’y a jamais de tort sans deux êtres à la fois

maitriser sa violence dans la prière

céder au bleu du ciel

à la Vie belle et tendre

avoir la reconnaissance d’un enfant ..

je joins mes mains dans les tiennes

à l’unisson

pardon mon frère , je te pardonne , soeur

je vous bénis en mon coeur

toi l’ennemi de toujours et d ‘hier

si le mal vient de toi, il ne me souillera pas,

il ne viendra plus de moi

car je suis libre de ta haine , enfin!

Michèle Rosenzweig-« le tutoiement divin »

L’appel du large

L'appel du large L-appel-du-large.jpgL’appel du large –
acrylique sur papier-2007

 

poème :
L’appel du large

 

 

Terres inconnues de mon imagination

Terres reconnues,

jetant l’ancre au fond de la mémoire
humaine

espaces vides et pleins

grouillants et déserts

votre rumeur profonde sue par mes pores

en un long frisson

à la diable propagé.

Rougeoiement tropical

Monde baluchon

libres , libres d’aller

Calendrier des jours, effeuillement des
nuits

au fil des jours au fil des bazars

aux creux des nuits aux creux des hasards

Saisir au vol , explorer,

Les ruelles blanches, fruits chamarrés


déserts pierreux


tentes noires


manteaux bigarrés.

Oeil mauve, labyrinthe hypnotique

Chevaux lourds

Musc, santal, arômes envoûtants

Mendiants, vermine et temples
dorés…..

La mer chuinte à mon oreille.

Les vagues éclatent comme des fruits mûrs.

Même eau, même écume

pour tous les peuples déracinés.

Même sable , même gravier

pour un seul homme à la terre enchevêtré.

Il lui faut sortir du socle

la statue de bronze peut marcher

et ses yeux nacrés avalent les différences

qui font de tous les coeurs de pierre

des ailes qui s’élancent.

Frères , amis,

Enfants safran

Enfants cannelle enfants piment

Enfants ciment

Peaux laiteuses

Peaux café

Montagnes fleurs forêts et mers

nous bercent en leur sein

lorsqu’il nous faut muer

tous enfants de la même terre.

MIchèle
rosenzweig-« Le pain et la faim »-1990

moun païs: bruniquel et Matin d’été

t ete.jpg

la maison au cyprès -bruniquel-pastel aquarellable

 

Matin d’été

Lent scintillement de criquets, de grillons et de cigales

Dans l’air bleu.

Sur quelque herbe sèche

Se balance l’insecte nerveux

Au milieu des prés drus et des chemins pentus.

Jaunes éclaboussures de soleil

Qui planent, suspendues et subtiles

Comme des oiseaux de proie presque immobiles.

L’horizon soulève des forêts,

Au loin la plaine et ses regrets…

Sur le coteau qui tressaille au vent,

La méridienne pesanteur

Fait croire au ralenti du temps.

Mais il y a des vies d’hommes

Sur cette terre franche

Qui vaquent comme des abeilles et bourdonnent

Entre les murets de pierres sèches

Et les clôtures qui segmentent les nudités éparses

Et les labeurs comparses.

Des volets bruns ouverts

sur une cuisine d’ail et de thym

et dehors sous le tilleul bienfaisant

la table se dresse pour partager le pain.

Bientôt le calme silence fera place

aux voix des hommes qui trinquent

A celles des femmes qui rient

Et tout l’or du monde ne vaudra plus rien

Autour d’un verre de vin et d’un savoureux rôti.

C’est dans l’été plein

Que se gorgent nos âmes d’eau lumineuse et vitale

C’est dans l’été plein

d’éclats de joie et de soleil

Que la vie soudain

Parait à son comble et éternelle.

Mûr comme l’épi, léger comme le papillon,

L’amour remplit tout,

Les monts et les vallons,

Le ciel et les champs,

Les cœurs et les corps,

Les doutes et les peurs,

Les vides et les creux

de nos passagères existences,

avec une frugale et belle acceptance.

Et dans le rire des senteurs d ’herbes et de
fruits,

La joie dit à l’été son grand merci

Et soupire d’aise et de connivences

Autour de la table qui réunit

Tous les bruits et tous les silences.

Michèle Rosenzweig- Cocagnes 

Immobile

Immobile Immobile.jpg

NU au miroir -pastels

Immobile

Handicap.

Pas trop longtemps être immobile.

Pas trop longtemps marcher.

Il faudrait marcher cependant, quand même le corps ne le veut
pas, ne le peut pas .Et puis, le jardin à entretenir .Les mauvaises
herbes à enlever, les mauvaises pensées à désherber tout autant
.Les pensées, mobiles, déferlantes, qui passent d’un arbre à
l’autre, les pensées que l’on taille au sécateur.

Besoin d’un jardinier.

Mon voyage ne se peut pas. Adieu, l’ailleurs. Prisonnière
de mon fauteuil devant l’ordinateur. Le monde par écran.
Derrière, des gens, des pays, des douleurs, des plaintes.

Mais je ne me plains pas : j’observe, je regarde, je
contemple.

Dehors, la maison des oiseaux s’est cassée avec la neige,
il faudrait la réparer. Et puis tuteurer le cyprès qui penche. Mais
je laisse là, à l’abandon, toutes les choses que je ne peux
pas faire.

Ce désordre m’exaspère. Désarroi devant mon incapacité. Ma
petite vaisselle quotidienne, celle de mon désarroi, celle de
l’évacuation par le silence.

Les promenades me manquent tant.

Michèle Rosenzweig . « j’en parle à mon chat » proses
poétiques .

animale

animale animale.jpg

 

un extrait de mon prochain livre « Cocagnes »pour lequel je
cherche encore un illustrateur

L’animale

Je suis panthère

Je rôde dans les rochers

Où solitaire

Tantôt sur le bout de griffes

Tantôt sur les coussinets

Je déploie mes muscles noirs en sauts
félins.

Je perce d’un œil vert, chasseuse de furtif,
la plaine qui s’étend

Les herbes sèches où paissent les gazelles

Avec un goût de viande crue obsédant.

 

Je suis gazelle

Du haut de mes pattes minces

Je foule la brousse

Et je poursuis le vent en sauts de danseuse

Je guette, grands yeux noirs attentifs,

Le léopard caché,

le moindre remous, la moindre haleine de
danger.

Je fuis effarouchée au cri rauque de
l’oiseau.

 

Je suis girafe

L’arbre étale ses feuilles sous ma langue
délicate

Mes yeux se mirent dans les nuages

Et mes longues jambes

Il me faut les écarter pour boire au
marigot

Dans une génuflexion impossible

Dans une humble prière debout.

Je broute paisible de concert avec les éléphants

dans mon habit tâché de roux

déroulant gracieusement mon cou.

 

Je suis éléphant

Ma force lourde soulève la poussière

Sous moi le sol tremble.

Si je cours  c’est le tonnerre.

Je m’asperge au fleuve de ma trompe
barissante.

Je dédaigne le lion, car je suis puissance.

Je suis ridé, plissé, rugueux et dur comme un vieil
africain.

 

Je suis moi

Sur mes deux pattes retrouvées

Avec mes chères mains pour prendre et pour
toucher.

Debout et fière, je secoue ma crinière

Femme de prière et femme de chant

La parole est mon vêtement pensant.

L’animale que je suis

Danse dans la lumière souple de midi

Aux quatre coins de la terre

Mon cœur dans mon corps

De son bonheur d’être

Rugit.

 

Michèle Rosenzweig- Cocagnes – poèmes